Schott Music

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30/05/2016

Œuvre de la semaine – Hans Werner Henze: Suite « Die Zikaden »

Le 1er juin 2016, Hans Werner Henze aurait eu 90 ans. À cette occasion a lieu la création posthume de la Suite « Die Zikaden » (Les cigales), constituée de pièces orchestrales destinées à une création radiophonique de Ingeborg Bachmann. L’œuvre sera donnée au Stadtcasino de Bâle sous la direction musicale de Dennis Russel Davies à la tête de l’Orchestre symphonique de Bâle. Des reprises de ce concert sont prévues le 2 juin, également au Stadtcasino, et le 3 juin, dans la même distribution, au Temple du Bas à Neuchâtel.

La découverte de cette Suite en 2014 dans la succession de Henze a fait sensation: car il n’y avait guère eu de possibilités d’exécuter l’œuvre, puisque la partition n’avait jamais fait l’objet d’une édition. Elle n’avait été jouée qu’une seule fois, à l’occasion de la production de l’émission originelle, et son audition n’avait été possible que lors des rediffusions de son enregistrement par les stations de radio. Quelques années avant sa mort, Henze retravailla sur cette composition destinée à une création radiophonique, et rassembla son matériau sous la forme d’une suite concertante.

Fuite devant la réalité et utopie : « Die Zikaden » sous forme de Suite

L’amitié artistique entre Henze et Bachmann figure parmi les plus importantes du XXe siècle. Ils s’étaient rencontrés à l’automne 1952, au cours d’un congrès du Groupe 47. De cette relation fertile et profonde naquirent dans les années suivantes plusieurs œuvres communes. Le thème central de la création radiophonique « Die Zikaden » (« Les Cigales ») est la fuite devant la réalité. Sur une île du midi non précisée, les personnages tentent de laisser derrière eux leur ancienne vie avec toutes ses peines, ses peurs, ses privations et ses souffrances. Ils doivent pourtant très vite s’apercevoir que cette utopie est trompeuse et que la vie sur l’île est la même que partout ailleurs. Le chant des cigales est emblématique de cette illusion. En tant qu’êtres humains, ils utilisent leur chant pour fuir le monde, mais au prix de leur humanité.

Dans une lettre adressée à Ingeborg Bachmann à l’époque de la conception de la pièce, voici comment Henze décrit sa musique et son rapport à l’œuvre radiophonique:

Le manuscrit contient quelques pages d’harmonie douloureuse et de tendre plainte, d’ironie tremblante sous des cils à demi fermés, d’éruption déchaînée et de modération obtenue comme sous la contrainte, accordée contre sa volonté – et cependant, non accordée. En bref : c’en est fait de ma tentative dévote d’ajouter un son au son, de m’installer dans le monde de ta parole et de relier un écho de ce monde à des actes résonnants. – Henze à Ingeborg Bachmann, lettre du 13 janvier 1955.

Dans les semaines consacrées à ce 90e anniversaire ont lieu de nombreuses autres exécutions d’œuvres de Henze: c’est ainsi que Dieter Kaegi met en scène, le 31 mai, l’opéra pour enfantsPollicino au Teatro Regio de Turin, et que l’on pourra entendre différentes pièces du compositeur à l’École supérieure de musique de Trossingen du 3 au 5 juin, dans le cadre des Journées de la musique contemporaine pour guitare 2016. Le grand ballet Undine verra sa première au Théâtre Bolchoï de Moscou le 24 juin, et, du 29 juin au 1er juillet, lesNachtstücken und Arien (Nocturnes et arias), d’après des poèmes d’Ingeborg Bachmann, figureront au programme des concerts de l’Orchestre philharmonique de Munich, avec la soprano Claudia Barainsky.

(25/05/2016)
23/05/2016

Œuvre de la semaine – Karl Amadeus Hartmann: 1e Symphonie: Essai pour un requiem

Karl Amadeus Hartmann a composé sa 1e Symphonie, pour voix d’alto et orchestre, en 1935. Sa position ouvertement critique envers le régime valut à sa musique la classification de « dégénérée », et c’est ainsi que le compositeur dut attendre plus de dix ans avant que l’œuvre ne fût enfin créée, en 1948. Depuis, cette composition fait maintenant partie du répertoire courant de la musique nouvelle.  Elle se trouve donnée le 27 mai 2016 à Rotterdam, avec Arie van Beck à la tête de l’Orchestre philharmonique de Rotterdam, la partie d’alto étant confiée à Kismara Pessatti. Continuer la lecture de « Œuvre de la semaine – Karl Amadeus Hartmann: 1e Symphonie: Essai pour un requiem »

16/05/2016

Œuvre de la semaine – Toshio Hosokawa: Hanjo

L’opéra Hanjo de Toshio Hosokawa est la deuxième œuvre musicale dramatique du compositeur. Elle est le résultat d’une commande passée par le Festival d’Aix-en-Provence en 2004. Depuis, l’œuvre a fait l’objet de différentes mises en scène représentées en Belgique, aux Pays-Bas, en Allemagne, en Italie et au Japon. Le 22 mai 2016 a lieu la première représentation en Suisse de cette pièce en un acte, au « Kubus » du Théâtre de Berne, dans une mise en scène de Florentine Klepper. Continuer la lecture de « Œuvre de la semaine – Toshio Hosokawa: Hanjo »

04/05/2016

Œuvre de la semaine – Peter Eötvös: Senza sangue

Dans son opéra Senza sangue (Sans sang), Peter Eötvös traite les thèmes du meurtre, de la vengeance, du pardon et du désir. Un mélange qui renvoie à de nombreuses questions d’ordre psychologique. Comment ces éléments sont-ils liés ensemble dans l’opéra, et des réponses sont-elles apportées à ces questions ? C’est ce dont pourront être témoins les spectateurs assistant à la première représentation scénique du 15 mai 2016. L’œuvre est en effet donnée dans le cadre de la programmation de l’Opéra Grand Avignon, et c’est à Eötvös lui-même que sera confiée la direction musicale de la mise en scène de Róbert Alföldi. Senza sangue avait été créée l’année dernière en version concertante, et avait pu être ainsi entendue à Cologne, New York, Göteborg et Bergen.

L’opéra se base sur le roman du même titre dû à l’auteur italien Alessandro Baricco,  publié en 2002. Préalablement à l’action, pendant la guerre civile espagnole, un jeune homme tue, avec ses camarades, la famille d’une petite fille. Les regards de l’homme et de la petite fille se rencontrent, et il décide de l’épargner. Le spectateur d’aujourd’hui assiste à la nouvelle mise en présence de la jeune fille maintenant devenue adulte et de cet homme. Contrairement à ce que l’on attend, la femme n’est pas venue se venger, comme elle l’avait déjà fait avec les camarades de l’homme, mais dans l’espoir d’une rédemption morale. Le regard qui jadis avait changé sa vie doit à présent la sauver.

Comment Peter Eötvös a conçu son opéra Senza sangue

Eötvös ne s’est pas seulement inspiré ici du roman de Baricco, mais aussi du Château de Barbe-Bleue de Béla Bartók. Dans l’intention de composer une œuvre complémentaire à la pièce en un acte de Bartók en vue d’une programmation des deux pièces dans la même soirée, Eötvös reprit l’instrumentation du Château, à l’exception de l’orgue. Mais il ne s’en tient pas à ce seul point commun : la distribution des personnages comme la forme dramaturgique du dévoilement progressif de profondeurs morales se réfèrent également au Château de Barbe-Bleue.

Voici comment Eötvös décrit son travail de composition :

Senza sangue est mon dixième opéra. Je m’y suis préparé comme un réalisateur de film qui a l’intention de tourner son prochain film en noir et blanc. Dans mes opéras précédents, je me suis efforcé de faire appel à des palettes sonores colorées ; ici au contraire, je recherche des contrastes marqués et des teintes d’ombre en noir, blanc et gris. Dans la partition d’orchestre, j’ai mis l’accent sur la densité du son et non sur l’autonomie des parties : beaucoup d’instruments jouent les mêmes éléments mélodiques, et en obtiennent une sonorité puissante, comparable à ce qui se produit dans la calligraphie japonaise lorsque l’on trace à l’aide d’un pinceau épais une seule ligne noire. – Peter Eötvös.

L’opéra Senza sangue sera également représenté sur scène cette année, dans le cadre du Armel Opera Festival de Budapest (mise en scène : Robert Alföldi), ainsi qu’à l’Opéra d’État de Hambourg (mise en scène : Dmitri Tcherniakov). En 2017 aura lieu la première audition britannique de la version concertante avec Simone Young et le BBC Symphony Orchestra au Barbican Hall de Londres.

 

photo: Klaus Rudolph

02/05/2016

Œuvre de la semaine – Alexander Galsunow: Kantate

La Cantate pour mezzo-soprano, ténor, chœur mixte et orchestre, du compositeur russe Alexandre Glazounov est également connue sous le titre de « Cantate commémorative ». Elle fut créée le 6 juin 1899 dans le cadre de la célébration du 100e anniversaire de la naissance du poète russe national Alexandre Pouchkine. C’est à présent le 3 mai 2016 que cette cantate est donnée à Rome par l’orchestre national et le chœur de l’Académie nationale Sainte-Cécile placés sous la direction de Juraj Valčuha, dans la Sala Santa Cecilia de l’académie. Ce chef d’orchestre slovaque, considéré comme un expert de la musique de l’Europe de l’Est, a pris pour thème de ce concert des compositions ressortissant à la musique de ces pays.

Au moment de l’écriture de la Cantate, Glazounov était professeur d’instrumentation au Conservatoire de Saint-Pétersbourg. Il emprunta le texte de sa composition au grand-duc Constantin Romanov, qui était connu en tant que poète sous le pseudonyme de « K. R. » et dont les œuvres datent du XIXe siècle. Romanov consacra toute sa vie à l’art russe, et il fut lui-même un pianiste de talent lié à Piotr Ilitch Tchaïkovski par une profonde amitié.

Le caractère de jubilé de la Cantate d’Alexandre Glazounov

La Cantate se compose de cinq mouvements, pour une durée d’environ 20 minutes. Le premier mouvement, titré Chorus, mène directement l’auditeur, par son caractère majestueux, à un sentiment de jubilé.  On entend aussi clairement dès le début les caractéristiques de la musique russe, et c’est ainsi que se présente ce premier mouvement : un chœur de gratitude, russe, majestueux, et de caractère jubilatoire. Le caractère festif est présent tout au long de la composition et débouche sur un hymne dans lequel les solistes reprennent le sentiment fondamental développé par le chœur pour conduire à un finale brillant.

Voici comment le journaliste musical anglais Ivan March décrit la Cantate :

Bien au-delà d’une œuvre de circonstance, cette pièce regorge de chaleur et de lyrisme. À l’aide de son torrent d’inspirations et d’inventions, Glazounov parvient à égaler les rugueuses versifications « sans pareilles » du grand-duc Constantin Romanov. C’est l’une de ses pièces joyeuses, emplies de mélodies qui nous rendent heureux d’être en vie.– Ivan March (Gramophone Magazine).

Glazounov fait partie des classiques de la tradition musicale russe, non seulement de par ses propres pièces, mais également pour ce qui relève des pièces de ses contemporains dont il a réalisé les arrangements ou les instrumentations, toujours présentes sur scène de nos jours : l’opéra Une vie pour le  tsar, de Mikhaïl Glinka, réalisé avec Nicolaï Rimski-Korsakov, figure au programme du Metropolitan Theatre de Tokyo le 8 mai prochain, et la nouvelle instrumentation de l’Opéra Le Prince Igor d’Alexandre Borodine est présentée à la Philharmonie de Berlin le 25 mai.

 

photo: Orchestre et chorale de l’Accademia Nazionale di Santa Cecilia

22/04/2016

Œuvre de la semaine – Paul Hindemith: Mathis der Maler

Le 1er mai a lieu au Semperoper de Dresde la première de l’Opéra Mathis der Maler (Mathis le peintre) de Paul Hindemith. Ce drame artistique consacré à Mathias Grünewald (env. 1475 – 1528) est réalisé dans une mise en scène de Jochen Biganzoli, avec au pupitre Simone Young, et, dans le rôle-titre, Markus Marquardt.

Le peintre Mathis, qui est au service du cardinal Albrecht de Brandebourg, fait la connaissance de Schwalb, meneur de la rébellion paysanne, et de sa fille Regina. Il les aide tous deux à fuir devant l’armée fédérale, et demande à Albrecht de bien vouloir mettre fin à son service, afin de pouvoir lui-même combattre la pauvreté organisée. Mathis s’aperçoit cependant très vite que son engagement est peine perdue. Après la mort de Schwalb, il s’occupe de Regina, et tous deux prennent la fuite. Pendant une étape dans l’Odenwald, le cardinal Albrecht apparaît à Mathis sous la forme de saint Pierre. Il donne au peintre l’ordre de revenir à l’art. À la suite de cette rencontre, il termine son œuvre maîtresse, le retable d’Issenheim. Le cardinal veut alors reprendre Mathis à son service, mais ce dernier refuse et se retire avec résignation dans la solitude.

Mathis der Maler et Paul Hindemith : drame d’époque, drame des idées

Le choix du sujet et l’histoire de l’écriture de « Mathis der Maler », dont le livret a été composé par Hindemith lui-même, sont étroitement liés à sa propre situation depuis 1933. Les pensées et les sentiments du compositeur ont dû beaucoup ressembler à ceux de Mathis. Le peintre est le symbole de l’artiste créateur empli de souffrance, qui, au temps de la Réforme et des guerres, se demande si l’existence de son art possède toujours une justification. Il balance entre l’espoir et la désolation. Après le succès unanime de la Symphonie « Mathis der Maler », préalable à l’opéra, les responsables de la culture au parti national-socialiste déclenchèrent une propagande massive contre Hindemith. Après l’échec de la tentative de protection du compositeur entreprise par Furtwängler, Hindemith se retira peu à peu d’Allemagne, et émigra en Suisse, où l’opéra fut créé en 1938 à Zurich. Voici comment Hindemith décrit le monde des sentiments de l’artiste :

Parmi toutes les souffrances infernales éprouvées par une âme désespérée et en recherche, Mathis perçoit l’irruption d’une époque nouvelle, accompagnée du bouleversement de toutes les conceptions ayant cours jusqu’alors. S’étant trouvé projeté dans la puissante machinerie mise en œuvre à l’époque par l’état et par l’église, il a tenu à bout de bras la pression exercée par ces puissances, mais ses images témoignent cependant avec une clarté suffisante de la force avec laquelle ces évènements violents, avec tout leur cortège de misère, de maladies et de guerres, l’ont ébranlé. – Hindemith

Au Semperoper, Mathis der Maler est visible jusqu’au 20 mai. Dans la prochaine saison, le Théâtre d’État de Mayence portera la pièce à la scène.

 

photo: Frank Höhler

18/04/2016

Œuvre de la semaine – Christian Jost: Angst

La psyché humaine et en particulier le sentiment de la peur se retrouvent fréquemment et de façon renouvelée au centre des productions artistiques. Que ce soit dans les spectacles de théâtre, les films, la littérature ou bien encore la composition musicale, ce sont les émotions humaines qui sont représentées et qui font l’objet du travail. Pourtant, l’opéra Angst – Fünf Pforten einer Reise in das Innere der Angst (La peur – Cinq portes d’un voyage à l’intérieur de la peur) de Christian Jost se présente comme une exception. Les spectateurs pourront se faire une idée de la signification particulière dont il est revêtu en assistant à l’une des deux premières représentations des 21 et 22 avril 2016 au Théâtre d’État de Darmstadt. Ils auront le plaisir d’assister à une mise en scène spectaculaire due à une production du Théâtre national allemand (Weimar).

Dès la distribution de l’opéra, on a affaire à une originalité : contrairement aux habitudes, il ne s’agit ici que d’une pièce de théâtre musical pour chœur et orchestre. Jost rejette les hiérarchies classiques de l’opéra et élève le chœur au rôle de détenteur de l’action musico-dramatique. Le compositeur travaille dans son œuvre sur les circonstances  – qui ont déjà fait l’objet d’un film – de la vie de l’alpiniste de l’extrême Joe Simpson, qui, en 1985 dans les Andes péruviennes, fut victime d’un accident et se retrouva précipité dans une crevasse de glacier. Son partenaire coupa alors la corde qui les reliait afin de ne pas être lui-même entraîné au fond de la crevasse, en laissant son camarade sur place. Malgré une jambe cassée et sans provision d’eau, Simpson réussit à ramper à travers la crevasse et à rejoindre le camp de base. Ce sont les pensées, les émotions et les questionnements de ces alpinistes qui inspirèrent à Jost l’idée de représenter les états d’âme des deux alpinistes dans cette situation exceptionnelle sous la forme d’un opéra.

L’expérience personnelle de Christian Jost avec la peur

Jost n’a pas été amené à son opéra pour chœur uniquement par l’histoire des deux alpinistes, mais sa composition tire également son inspiration de ses expériences personnelles. Voici comment il relate un évènement clé de sa vie :

Vers la fin du travail sur mon opéra Vipern, je fus victime d’un effondrement physique. Au milieu de la nuit, nous avons dû appeler le médecin urgentiste, qui m’emmena immédiatement au service des urgences, où je restai deux heures étendu, alors que ma femme attendait sans savoir ce qui se passait. Elle craignait naturellement de ne peut-être jamais me revoir, et ce fut également ce que je pensai pendant un moment. Mais le service des urgences était d’une telle tristesse que je décidai : « OK, c’est fini pour toi – mais pas ici ! Il faut que tu changes quelque chose dans ta vie, mais il ne faut pas que ta vie se termine comme ça ici. » C’est un morceau de la sobriété de ce moment-là, moment d’une sensation de vie élémentaire, que je voulais ressentir dans la peur ». – Jost.

Angst est donné au Théâtre d’État de Darmstadt pour six représentations. Mais cette production n’est pas la seule possibilité de faire connaissance avec la musique de Christian Jost : son premier opéra Death Knock (La Mort frappe à la porte), tiré de l’œuvre de Woody Allen, est encore à l’affiche au théâtre municipal de Giessen.

 

 

Photo de scène de la mise en scène du Théâtre national de Weimar, avec le chœur de l’Opéra de Weimar et la Staatskapelle de Weimar, première : 24 septembre 2015 à la Salle de la E-Werk à Weimar (direction musicale : Stefan Solyom, mise en scène : Karsten Wiegand, décors : Bärbl Hohmann, costumes : Andrea Fisser, direction du chœur : Markus Oppeneiger / Andreas Klippert).

11/04/2016

Œuvre de la semaine – Pēteris Vasks: Da pacem, Domine

C’est à l’occasion du 70e anniversaire de Pēteris Vasks qu’a lieu le 16 avril 2016 à la cathédrale de Riga (Lettonie) la première audition de sa plus récente œuvre, Da Pacem, Domine. Comme il est fréquent de nos jours, on retrouve dans cette œuvre les vœux fervents du compositeur à l’égard de la paix. Mais d’autres thèmes de notre époque se retrouvent également dans les compositions de Vasks. C’est ainsi qu’il évoque aussi bien le thème de la beauté de la nature ou de la destruction écologique que sa propre expérience de la guerre et de la terreur.

Fils d’un pasteur baptiste, Vasks est né en 1946 en Lettonie. En raison non seulement de sa croyance religieuse, mais aussi de ses convictions artistiques, le compositeur eut à souffrir de la répression dans son pays natal. L’occupation de l’Union soviétique pesa lourdement sur les années de jeunesse de ce musicien letton, contribuant à renforcer sa foi et ses valeurs morales. Vasks étudia d’abord le violon à Riga, puis se consacra à un cursus de contrebasse à l’Académie de musique lettonne et enfin à un cursus de composition à l’École supérieure de musique de Lettonie.

La musique, l’éducation et la morale chez Pēteris Vasks.

Voici comment Vasks lui-même décrit sa démarche et ses principes moraux en matière de composition musicale :

Tout cela me vient de mon père. Comme sa parole et son geste étaient expressifs, lors de ses prêches ! Il travaillait beaucoup et très durement à leur préparation, mais au moment du prêche, c’était comme si tout cela avait été inventé à l’instant même à l’intention des auditeurs, avec toute l’expressivité requise. Il s’agit là d’idéaux, de foi, et d’amour. Tels sont les messages contenus dans ma musique, et que je dois transmettre à l’humanité. Et ma façon de le faire est ce qui me définit – c’est mon identité.– Vasks.

Contrairement à ce que l’on pourrait attendre, Vasks n’utilise pas sa musique pour tenter de missionner les auditeurs. Il lui importe beaucoup plus d’atteindre une impulsion humaine archaïque, indépendamment de toute religion. Ainsi ses compositions sont-elles des œuvres universellement valables, destinées à toucher quelque chose en toute personne. Dans le cadre de ce concert anniversaire, d’autres œuvres du compositeur letton doivent également être interprétées. Sous la direction musicale de Sigvards Kļava et de Normunds Šnē, le chœur de la Radio lettonne et l’orchestre Sinfonietta Riga interpréteront la Musica appassionata, le Einsame EngelThe Fruit of silence ainsi que la Musica serena.

photo: Mélanie Gomez

04/04/2016

Œuvre de la semaine – Bernd Alois Zimmermann: Konzert für Oboe und kleines Orchester

Le Concerto pour hautbois et petit orchestre de Bernd Alois Zimmermann est au programme des concerts de la semaine prochaine à Buenos-Aires. Cette exécution revêt un caractère particulier dans l’histoire de la pièce. Par le passé, les œuvres de ce compositeur allemand ont été plutôt rarement données dans les pays latino-américains. Ce concert aura lieu le 7 avril, au Teatro Colón. Pour Wilhelm Furtwängler, déjà, cette maison d’opéra était la meilleure et la plus belle du monde. C’est sous la direction musicale de Zhang Guoyong et accompagné par l’orchestre du Teatro Colón que Néstor Garrote tiendra la partie de soliste.

Le concerto de Zimmermann, lequel aurait fêté en 2018 son centième anniversaire, date de 1952, où il fut créé au mois d’octobre de cette même année aux Journées musicales de Donaueschingen. À cette époque, Zimmermann occupait un poste d’assistant en théorie musicale à l’Institut de musicologie de l’université de Cologne, qu’il quitta peu de temps après, au bénéfice de son activité de compositeur. Le déchirement entre la sécurité d’une situation durable, d’un côté, et la perte de sa liberté, de l’autre, poursuivit le compositeur toute sa vie durant. Son « esprit inquiet », comme il l’appelait lui-même, était souvent ressenti comme un poids, mais qui cependant lui procurait de l’inspiration pour de nouvelles œuvres.

L’hommage de Zimmermann à Stravinsky

Le concerto pour hautbois se compose de trois mouvements : Hommage à Stravinsky, Rhapsodie, et Finale. La partie de hautbois fait appel à une grande virtuosité, ce qui place ainsi le soliste devant un haut niveau d’exigence. Zimmermann écrit à propos de cette œuvre :

Dans la première partie, « Hommage à Stravinsky », sont cités, ouvertement ou de manière dissimulée, des motifs et des thèmes du 1er mouvement de la Symphonie en ut de Stravinsky. Les trois mouvements du concerto sont construits sur une série commune de douze sons, maniée avec une telle souplesse que – à la profonde horreur des dodécaphonistes ultra-orthodoxes – des thèmes de Stravinsky peuvent être cités sans « sortir du rang ». On peut laisser à l’auditeur le soin de découvrir çà ou là ces petites blagues. – Zimmermann.

Dans les prochains mois aussi, les spectateurs de Buenos-Aires auront le plaisir de retrouver la musique de Zimmermann : du 12 au 20 juillet, Die Soldaten verront leur première production en Argentine, dans une mise en scène de Pablo Maritano, également au Teatro Colón.

Photo: HalloweenHJB

19/03/2016

Œuvre de la semaine – Andrew Norman: Play: Level 1

Le Los Angeles Philharmonic Orchestra, en tournée aux États-Unis et en Europe, emporte dans ses bagages une pièce de Andrew Norman ; depuis le 25 février, Gustavo Dudamel a déjà dirigé deux fois Play: Level 1 (Joue / Jeu : Niveau 1) à Los Angeles et à New York. Le 19 mars a lieu la première audition en Europe, à la Philharmonie de Paris.

« Jouer », pour Norman, est beaucoup plus qu’un amusant passe-temps d’enfants. Il s’attache dans cette composition au terme de « jeu » sous tous ses aspects. Le mot est employé dans différents contextes : le jeu instrumental, le jeu théâtral, ou encore les jeux vidéos. Selon lui, un orchestre se transforme en ensemble de théâtre, lorsqu’il donne un concert sur une scène. En même temps, il se compose d’un grand nombre de joueurs qui, pris  isolément, peuvent jouer ou bien ensemble, ou bien les uns contre les autres. Le jeu instrumental est réglé ici par le chef d’orchestre qui, tel un montreur de marionnettes, tient tous les fils en main. Le terme de « jeu » peut ainsi comporter également un arrière-goût déplaisant : le contrôle opéré par le truchement d’une instance isolée et autoritaire peut avoir pour conséquence de favoriser le développement de la manipulation et de la tromperie.

Une musique qui veut accéder au niveau supérieur

Le titre Play: Level 1 renvoie au monde des jeux vidéos. La pièce est ici la première d’une composition en trois parties, qui monte du niveau 1 au niveau 3. Le cycle complet a été créé en 2013 à Boston. Norman explique son œuvre ainsi :

Une grande partie de la pièce est consacrée à la question de savoir qui joue de quoi. Les percussionnistes, par exemple, passent une grande partie de leur temps à jouer « de l’orchestre » comme si c’était un instrument (de même qu’ils sont à leur tour « joués » en tant qu’instrument par le chef. Celui-ci, à son tour aussi, est « joué » par la partition). Certains percussionnistes remplissent le rôle d’un contacteur : ils allument puis éteignent différents instrumentistes, les font jouer (tantôt pour rire, tantôt sérieusement) plus fort ou plus doucement, en avant ou en arrière, plus vite ou plus lentement. Ils font rembobiner la musique en arrière, et la font rejouer ; toujours avec l’idée de trouver une sortie du labyrinthe et de pouvoir avancer vers un niveau de jeu supérieur. – Norman

Le 21 mars, le Los Angeles Philharmonic Orchestra poursuit son voyage en Europe, pour donner la première audition de  Play: Level 1 à la Philharmonie de Luxembourg, et conclure la tournée le 22 mars au Barbican Hall de Londres avec la première audition anglaise de la pièce.