Schott Music

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09/02/2015

Œuvre de la semaine – György Ligeti: Le Grand Macabre

Le 14 février aura lieu au Théâtre musical Aalto (Opéra) d’Essen la première représentation d’une nouvelle production de l’opéra de György Ligeti Le Grand Macabre. La mise en scène est de Marianne Clément, Dima Slobodeniouk est au pupitre.

Ligeti lui-même définit l’œuvre, créée en 1978 à Stockholm, comme un « anti-anti-opéra ». Il attire ainsi l’attention sur le jeu avec des conventions qu’il respecte, certes, mais qu’il met aussi la tête en bas. D’un côté, il se plie aux exigences de l’opéra, aux termes desquelles le texte devrait être clairement compréhensible, cependant que l’action devrait être sévèrement engoncée dans son corset scénique. D’un autre côté, le projet  conçu par Ligeti est en rupture avec la tradition opératique :

Je rêvais d’un évènement scénique fortement schématisé, d’une sorte de dessin animé dans lequel, alors, la musique devrait être immédiate, et relever, elle aussi, du dessin animé en étant exagérée, colorée, et folle. La nouveauté de ce théâtre musical ne se manifesterait pas dans les aspects extérieurs de la représentation, mais dans les intérieurs même de la musique, par la musique directement. – György Ligeti

Sans perdre une minute, Ligeti met cette vision en œuvre : dès le prélude, confié à deux klaxons de voiture, le public commence à avoir une idée des excès musicaux célébrés dans Le Grand Macabre. La musique accompagne et renforce l’univers scénique, l’enivrement des sens célébré dans le monde imaginaire de Breughelland. L’anarchie de la fosse d’orchestre n’est cependant pas un moyen d’arriver à une fin. Ligeti ne perd jamais des yeux le thème premier de cet opéra, la fin du monde et son annonciation ;  il confère à l’œuvre une atmosphère de fond bien spécifique :

C’est une conception artistique froidement calculatrice qui retient par la bride le  Grand Macabre, dans l’intégralité de tous ses ingrédients colorés jetés pêle-mêle sur le tapis de dés. Le travail délibéré d’intégration et de repositionnement du détail dans la coordination du plan d’ensemble donne naissance à la transparence, et les regards s’ouvrent alors sur l’étonnant et macabre sérieux de la situation que recèle cet opéra à la double face si joyeusement divulguée. Ce qui reste à côté de la joie est un profond sentiment de malaise. –  Ulrich Dibelius

Après la première, Le Grand Macabre pourra encore être vu à Essen au cours de huit représentations jusqu’au 20 mars.

Plus d’informations sur l’œuvre ainsi que sur les autres œuvres phares du secteur de l’opéra se trouvent dans l’actuel numéro de la revue schott aktuell : Giants of 20th Century Opera.

Photo: Opéra de Graz / Dimo Dimov