Schott Music

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19/02/2015

Œuvre de la semaine – Hans Werner Henze: Pollicino

Tout commença par la visite surprise d’une ribambelle d’enfants venus simplement dire « bonjour ! » et plonger dans la piscine. Au cours de la fête spontanée qui s’ensuivit, l’énergie et l’humour des enfants inspira à Hans Werner Henze l’opéra pour enfants Pollicino que l’on pourra voir à Florence à partir du 24 février. L’orchestre du conservatoire Luigi Cherubini de Florence et le chœur d’enfants de l’association Landini sont, sur la scène du Teatro Goldoni, les interprètes de l’œuvre que dirige Alessandro Cadario.

Écrit sur un livret de Giuseppe Di Leva, Pollicino a été destiné par Henze à ses visiteurs réunis sous le nom de « Concentus Politianus ». Cet ensemble d’enfants de Montepulciano en Italie assura la création de l’œuvre dans sa ville d’origine en 1980. L’action, dans ses grandes lignes, rappelle celle de Hänsel und Gretel, mais elle est complétée par des éléments empruntés aux fables et au théâtre politique. Peu de rôles de l’opéra sont destinés à des adultes : la plus grande partie des rôles chantés est incarnée par des enfants, et il en va de même dans la fosse d’orchestre, où figurent flûtes à bec, guitares, violons et instrumentarium Carl Orff. C’est un opéra représenté par des enfants pour des enfants, sans qu’il s’agisse pour autant d’un opéra féérique superficiel à la musique passe-partout. Les différentes formes composant les airs et les ensembles, jusqu’aux insertions orchestrales de marche, de valse et de tango, par exemple, exigent de la part des enfants une capacité de relation approfondie à la matière sonore. Ils doivent apprendre à fréquenter des formes musicales qu’ils ignoraient jusqu’alors. Henze y voit un apprentissage décisif à la pratique musicale dans l’âge adulte :

Quand les enfants jouent la comédie, chantent et font de la musique, ils produisent et entendent des sons qu’ils retrouveront plus tard : des sons de notre époque. En faisant de la musique et en chantant,  ils acceptent, comme une donnée naturelle, ce que d’autres ressentent comme des sons inhabituels. Les enfants ne sont pas conscients des problèmes que les adultes projettent dans la musique contemporaine. – Hans Werner Henze.

Tout au long du processus compositionnel, Henze a travaillé en étroite liaison avec les enfants, explorant leurs capacités musicales et se laissant inspirer par leurs propres soucis et souhaits. C’est ainsi que l’œuvre en est venue à constituer un projet pédagogique situé au-delà des générations, et prenant au sérieux ses exécutants : une des raisons majeures de leur durable succès.

Photo: Théâtre National Weimar / Anke Neugebauer