Schott Music

Aller au contenu principal »

18/06/2018

Œuvre de la semaine – Hans Werner Henze: Pollicino

L’opéra féérique Pollicino (« Le petit Poucet ») de Hans Werner Henze est, depuis sa création, devenu un classique de l’opéra pour enfants grâce à ses représentations montées dans des écoles ou dans des théâtres du monde entier. C’est le 23 juin que cette œuvre célèbre sa première à l’Opéra de Cologne. Sur la scène de ce théâtre d’État se tiennent les élèves, garçons et filles, du Lycée Humboldt et de l’École de Musique du Rhin de Cologne, aux côtés de solistes de l’Opéra de Cologne. La mise en scène est de Saskia Kuhlmann, la direction musicale est confiée à Rainer Mühlbach. Tobias Flemming est responsable des décors, et Hedda Ladwig des costumes.

C’est d’après la version du Petit Poucet de Carlo Collodi que Henze composa don Pollicino en 1979/1980, dans sa patrie de prédilection, l’Italie. Il écrivit la pièce pour les enfants de Montepulciano – cet endroit de Toscane où il avait fait naître en 1967 un festival de musique contemporaine. Le processus de composition fut étroitement accompagné tout du long par le travail de Henze avec les enfants. Il testa leurs capacités musicales et se laissa guider par leurs soucis et leurs souhaits. C’est ainsi que naquit une véritable œuvre par les enfants pour les enfants. Car, à l’exception de quelques rôles (les couple des parents, les ogres, le loup), tous les rôles sont chantés par des enfants, de même que ce sont eux qui jouent les parties orchestrales. Ainsi l’œuvre devient-elle un projet pédagogique intergénérationnel.

Hans Werner Henze – Pollicino : plus qu’un conte naïf

Dans cet opéra, il est question de la vie et de la mort, de la difficulté des relations entre les parents et les enfants, de la pauvreté et de la faim, de la contrainte et de la libération dans les rapports humains. Le petit héros Pollicino (en italien : petit pouce, poucet), ainsi que ses frères, sont laissés en arrière dans la forêt par leurs parents. Comme par un fait exprès, ils trouvent refuge dans la maison de l’ogre. Les frères font alliance avec les filles du maître de maison, et s’enfuient en secret. Dans leur malheur, les enfants sont aidés par la présence à leurs côtés des animaux de la forêt.

Henze attribue clairement aux instruments, dans Pollicino, des fonctions musicales psychologiques : les sonorités planantes irisées de la flûte à bec symbolisent les âmes des enfants, le violon concertant représente les récits de la grand-mère, la guitare exprime le sentiment de la nature et de l’originel, l’harmonium incarne le monde mensonger des adultes. En intégrant ainsi des éléments de critique sociale et de satire, Henze et son librettiste Giuseppe di Leva vont, avec Pollicino, au-delà d’un simple et naïf opéra féérique. Ainsi, par exemple, la misère dans laquelle vit la famille de Pollicino est-elle clairement présentée comme le résultat de l’injustice sociale, tandis que l’ogre est membre du syndicat des ogres organisé avec ses collègues-ogres, avec qui il discute au téléphone de la prochaine action contre le gouvernement. Même les différentes formes données aux Airs, aux ensembles, et jusqu’aux morceaux orchestraux de caractères comme la marche, la valse ou le tango, exigent de la part des enfants une véritable approche analytique du matériau. Ils doivent apprendre à connaître et à pratiquer des formes musicales inconnues jusqu’alors.

« Quand les enfants jouent la comédie, chantent et font de la musique, ils produisent et entendent des sons qu’ils rencontreront de nouveau plus tard dans des salles de concert, et aussi, espérons-le, dans des salles d’opéra : des sons appartenent à notre époque. En chantant et en faisant de la musique, ils acceptent ce que d’autres perçoivent comme des sons inhabituels comme étant une donnée naturelle, une partie de notre réalité ». – Hans Werner Henze

La production de Cologne est encore donnée cinq autres fois d’ici de 30 juin sur la scène de l’Opéra.

 

photo: Wiener Staatsoper/ Michael Pöhn