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14/05/2018

Œuvre de la semaine – Kurt Weill : Les sept péchés capitaux

La paresse, l’orgueil, la colère, la gourmandise, la fornication, l’avarice, l’envie – dans son ballet chanté Die sieben Todsünden, Les sept péchés capitaux, Kurt Weill, par le truchement du personnage d’Anna, donne une nouvelle lecture de ces péchés. L’œuvre est donnée en Première le 20 mai à l’Opéra national du Rhin dans une nouvelle production dont la mise en scène est signée par David Pountney. Dans la fosse, l’Orchestre symphonique de Mulhouse est dirigé par Roland Kluttig. Beate Vollack est responsable de la chorégraphie, Marie-Jeanne Lecca, des décors.

Weill a composé son ballet chanté en sept tableaux au cours de son exil parisien de 1933. La troupe parisienne « Les Ballets 1933 », qui venait d’être nouvellement fondée par le chorégraphe Georges Balanchine, était à la recherche d’œuvres adaptées à une soirée de ballets en plusieurs parties. On avait même déjà un financeur : le riche Anglais Edward James, mécène de la troupe et mari de la danseuse étoile Tilly Losch. Ce dernier passa commande à Weill d’une composition destinée à une pièce chorégraphique d’une soirée. Weill en fut d’accord, mais à une condition : il ne voulait pas écrire un ballet « normal », mais un ballet avec chant.

Pour l’écriture du livret, Weill avait tout d’abord prévu de faire appel à l’écrivain Jean Cocteau. Mais celui-ci, pour des raisons de temps, fit défaut, si bien que Weill se tourna vers son vieux partenaire Bertolt Brecht. Brecht et Weill formaient ensemble un attelage artistique expérimenté qui, avec L’Opéra de quatre sous et Grandeur et décadence de la ville de Mahagonny, avaient déjà réalisé des spectacles théâtraux particulièrement novateurs. Ils se retrouvèrent à Paris où tous deux avaient émigré et travaillèrent ensemble pour la dernière fois à une œuvre commune. Le Ballet Les sept péchés capitaux fut écrit en l’espace de quinze jours. Le 7 juin 1933, sa création dans la chorégraphie de Georges Balanchine eut lieu au Théâtre des Champs-Élysées. Bien que les critiques ne se fussent pas montrés unanimes à la Première, le Ballet devint une des œuvres les plus célèbres de Weill.

Kurt Weill – Les sept péchés capitaux : deux âmes dans un seul être

Anna est envoyée par sa famille faire un voyage de sept ans en Amérique du Nord afin de gagner l’argent permettant de construire « une petite maison sur le Mississipi ». Le personnage d’Anna est divisé en deux parties : sa personnalité se partage en une Anna I, agissant de manière éminemment pragmatique, et une Anna II, beaucoup plus émotive. Au cours de leur voyage dans sept villes américaines, les deux Anna rencontrent les tentations des sept péchés capitaux de la Bible, qui deviennent leur chemin de croix. Abandonnant peu à peu leurs rêves et leurs idéaux, elles reviennent enfin, débarrassées de leurs illusions, dans leur famille de Louisiane – qui vit déjà dans la nouvelle maison qu’elle s’est acquise.

Sue le plan musical, Weill commente l’action dans les styles de musique populaire américaine des années 1920, comme le tango, le fox-trot, la polka ou les arrangements musicaux des salons de coiffure (« Barbershop music »), et fait valoir le comique du texte. Particulièrement amusant est le rôle du  chœur d’hommes, porte-voix petit-bourgeois commentant l’histoire de la famille d’Anna. C’est ainsi que Weill et Brecht ironisent avec précision sur la double morale petite-bourgeoise de toute société prête à sacrifier pour son confort ses valeurs et sa personnalité.

« C’est le chaos habituel. Évidemment, parmi les partisans de l’ancien ballet russe, il s’est formé un petit clan qui juge notre ballet bien trop peu « Ballet » et pas assez « Chorégraphie pure ». Il s’en est suivi de fortes disputes, ces jours derniers […] Balanchine, lui, se tient entre les partis, mais il a merveilleusement bien travaillé, et a trouvé un style de représentation qui est certes de la danse, mais cependant très réaliste ».
– Kurt Weill, dans un compte-rendu du travails de répétitions adressé à Bertolt Brecht

L’œuvre, de 35 minutes, est donnée au cours de quatre autres soirées à Strasbourg d’ici le 28 mai. En outre, la production est présentée également à Colmar le 5 juin, ainsi que les 13 et 15 juin au Théâtre de la Sinne à Mulhouse. Par ailleurs, Les sept péchés capitaux seront au programme du Théâtre de Braunschweig la 22 juin pour la dernière fois de cette Saison.

 

Photo : Théâtre d’État de Braunschweig / Thomas M. Jauk