Schott Music

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08/11/2016

Œuvre de la semaine : Karl Amadeus Hartmann – Simplicius Simplicissimus

Le 11 novembre a lieu à Londres la première représentation en Grande-Bretagne de l’opéra de Karl Amadeus Hartmann Simplicius Simplicissimus, dans une mise en scène de Polly Graham. L’orchestre « Britten Sinfonia » joue sous la direction de Timothy Redmond. Le texte est chanté dans une nouvelle traduction anglaise de David Pountney.

L’opéra raconte en trois actes l’histoire du naïf enfant de paysans Simplicius Simplicissimus, « le plus simplet de tous », à l’époque de la Guerre de Trente Ans. Simplicius ne comprend pas son père nourricier, qui le met en garde contre le mal et rêve d’un « arbre de vie », jusqu’à la complète destruction de leur ferme. Au deuxième acte, il trouve refuge auprès d’un ermite, qui enseigne à Simplicius les choses les plus importantes de la vie. Au dernier acte, le jeune homme est traîné chez le gouverneur à qui il est présenté, et où il dit exclusivement la vérité, ainsi qu’il l’a appris de l’ermite. Le gouverneur, fort diverti, charge Simplicius d’exposer sa vision du monde en toute liberté, tel le bouffon. Rétrospectivement, Simplicius comprend son rêve, en tant que symbole de l’inégalité sociale.

Simplicius Simplicissimus de Karl Amadeus Hartmann : la simultanéité du décalage temporel.

Composé en 1934–1935, l’opéra ne fut représenté scéniquement qu’en 1949, puisque les œuvres de Hartmann furent interdites de représentation par le régime national–socialiste. Il composa, en une sorte d’émigration intérieure, pour le tiroir. Son Simplicius est tout imprégné des circonstances politiques de l’époque. Les terrifiants évènements de la Guerre de Trente ans, tels qu’ils ont été décrits dans le roman paru en 1668 « Der Abentheurliche Simplicissimus Teutsch » (« Les Aventures de Simplicissimus Teutsch »), sous la plume de Hans Jakob Christoffel von Grimmelshausen, sont convoqués par Hartmann dans le présent. Par le truchement de la relation établie entre des évènements historiques non simultanés, l’opéra devient une parabole contre la guerre et la domination par la violence.

Je me familiarisai avec le livre ; les représentations des situations de la Guerre de Trente Ans me frappèrent, curieusement, de plein fouet. Comme tout cela me paraissait contemporain : « les temps sont si étranges que nul ne peut savoir si tu en reviendras sans perdre la vie… » Chaque individu se voyait livré à la destruction et à la sauvagerie d’une époque dans laquelle notre peuple est cette fois déjà passé tout près de perdre tout noyau spirituel. Et nulle part n’existait de remède, sinon en celui qui réagissait à cela avec l’humeur de l’homme simple. – Karl Amadeus Hartmann

La relation entre des évènements non synchrones est transcrite musicalement en faisant appel à des citations. À de nombreuses reprises, on entend résonner des œuvres cataloguées comme « musique dégénérée » par les nazis. Des fragments de musique d’origine juive se trouvent également mélangés au langage sonore diversifié à partir duquel se constitue un réseau complexe de relations et de significations. Un rôle particulièrement important y est tenu par la chanson populaire connue à partir du XIIIe siècle, et pourvue, en 1506, des paroles « Oh Welt, ich muss dich lassen » (« Oh monde, il me faut te quitter »). Se retirer du monde est un motif important de l’œuvre de Hartmann, dont l’opéra montre en même temps l’impossibilité. C’est jusque dans l’imaginaire de Simplicius et dans la recherche de Hartmann sur l’histoire ancienne que se reflète l’inéluctable réalité. Même pour la situation politique actuelle, le contenu de l’opéra est signifiant.

Simplicius Simplicissimus est représenté à l’Independant Opera at Sadler’s Wells trois autres fois jusqu’au 19 novembre. À partir du 28 janvier 2016, la pièce sera visible à Brême.

 

Photo: Monika Rit­ters­haus, Oper Frank­furt 2009