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Schott Music

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11/09/2017

Œuvre de la semaine – Luigi Nono : Il canto sospeso

« …Ton fils s’en va. Il ne pourra pas entendre les cloches sonner pour la liberté », écrit le Grec Konstantinos Sirbos dans sa lettre d’adieu, quelques heures avant d’être assassiné par le régime national-socialiste.

Luigi Nono a choisi cette lettre, et d’autres semblables, pour servir de base à son œuvre Il canto sospeso (Le chant suspendu), programmée par l’Orchestre symphonique et l’ensemble vocal de la radio SWR dans le cadre de la Musikfest de Berlin le 11 septembre 2017. Peter Cundel sera au pupitre, avec en solistes Mojca Erdmann (soprano), Jenny Carlstedt (mezzosoprano) et Robin Tritschler (tenor).

Au cours du « troisième Reich », nombreux furent ceux qui choisirent de résister à l’injustice et aux exactions. Pour beaucoup, cela signifia la condamnation à mort. Ces lettres, écrites au moment de leur exécution, furent publiées en 1954 sous forme d’un recueil documentaire, dans lequel Nono trouva la base de cette œuvre construite en neuf parties. Il y fit un choix d’extraits de lettres écrites par des Européens âgés de 14 à 40 ans, afin de les inclure dans sa musique. Nono dédia son œuvre à tous ceux qui ont donné leur vie pour la liberté du plus grand nombre.

Le chant suspendu de Luigi Nono : vaincre la mort par la musique.

Au début, Nono fait appel à des sons orchestraux planants afin d’amener le public au caractère correspondant au premier texte chanté par le chœur. « Je meurs pour la justice. Nos idées vaincront », écrivit un jeune homme de Bulgarie.Survient ensuite un épisode dans lequel les trois solistes proclament ensemble des extraits de lettres écrites par trois patriotes grecs. Au point culminant de la pièce, Nono met en musique des lignes tracées par une femme condamnée à mort décrivant l’arrivée de ses meurtriers marchant vers elle. Dans cette partie de l’œuvre, la musique présente un important contraste entre un premier élément déchirant confié aux cuivres et aux timbales, et un second dans lequel les cordes se voient confier une partie principale résultant en un effet de vide. Le compositeur choisit la soprano pour chanter l’adieu d’une jeune femme russe à sa mère restée seule. Elle n’est accompagnée que par les sons bouche fermée du chœur de femmes, et par les instruments aigus. Nono relie les différentes paroles d’adieu des condamnés à mort par des intermezzi instrumentaux provoquant chez l’auditeur une atmosphère de séparation et de désespoir. Nono termine sa pièce par les mots: « Je m’en vais, mais j’ai confiance en une meilleure vie pour vous », prononcés par le chœur dans un accompagnement de timbales. Il ne reste plus que totale consternation. Il canto sospeso ne se contente pas simplement de mettre un texte en musique: Nono dispose les fragments des textes d’une manière qui les rend malaisés à comprendre. Mais il les utilise comme un moyen global de renforcement de l’effet produit par la musique. Consacrer des œuvres au devoir de mémoire et à la réflexion est une démarche de plus en plus importante, et particulièrement de nos jours. Nombreuses sont celles pouvant également servir de points centraux de discussion, de débats et d’activités pédagogiques. Le lien ci-dessous vous met en contact avec une sélection d’œuvres appropriées à cette démarche de réflexion. Il est évident que les compositeurs de tous les temps ont profondément été convaincus du pouvoir de la musique en matière de remémoration et d’admonestation, mais aussi de réconfort et de réconciliation. Leonard Bernstein voit les chose ainsi:

Voici ce que sera notre réplique à la violence: faire de la musique avec une encore plus d’intensité, de beauté et de dévotion que jamais auparavant.

Cette année offre une autre occasion d’entendre en conert Il Canto Sospeso: ce sera dans l’Auditorium de la Radio de Hesse à Francfort, le 26 novembre dans le cadre de la « Biennale cresc… ».