Schott Music

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15/11/2016

Œuvre de la semaine : George Gershwin – Porgy and Bess

C’est le 13 novembre que l’on fêtera, à la Scala de Milan, la première du « folk opera » Porgy and Bess de George Gershwin, la direction musicale étant confiée à Alan Gilbert. Ainsi le directeur musical du New York Philharmonic reprend-il la direction de cette production après la disparition, survenue en Mars 2016, de Nikolaus Harnoncourt, au souvenir duquel est dédiée cette première. La mise en scène est celle de son fils, Philipp Harnoncourt.

On entendra pour la première fois à la Scala la version originale complète de cet opéra, d’une durée de près de trois heures. Dans de nombreux passages de la partition se trouvent de fortes influences de la musique d’avant-garde européenne. Ils sont souvent laissés de côté, mais viennent cependant renforcer la dimension dramatique de l’opéra. C’est surtout sa rencontre avec Alban Berg, vers la fin des années 1920, qui aura impressionné Gershwin. Il appelait Porgy and Bess « son Wozzeck« .

Gershwin fait preuve d’une grande diversité dramatique : des sonorités post-romantiques se croisent avec les techniques d’avant-garde et les chatoiements du jazz des années 1930. Il n’existe aucun autre opéra qui ait donné naissance à autant de standards de jazz : des classiques comme I Got Plenty O’ Nuttin, I loves You, Porgy, et surtout Summertime rencontrent les plus grands succès aussi bien sur les scènes d’opéra que dans les concerts de gala et dans les clubs de jazz. Summertime est réputé pour être l’un des morceaux de musique le plus interprété de tous les temps.

Porgy and Bess de Gershwin – And the livin’ is easy… ?

La mélodie apaisante de Summertime grâce à laquelle Clara, au début de l’opéra, endort son bébé, offre un contraste marqué avec la violente réalité de vie du « Catfish Row ». Dans ce bloc de rues misérables proches de la côte de Charleston (Caroline du Sud), vivent d’humbles pêcheurs aux côtés de drogués, de dealers et d’autres figures de l’ombre. C’est dans ce contexte que se fréquentent Porgy, l’infirme, et Bess, dépendante à la cocaïne, dans une histoire d’amour sans avenir. L’action est fondée sur le roman « Porgy » de DuBose Heyward, qui l’a également arrangé en livret pour Gershwin.

La création de l’œuvre en 1935 obtint un grand succès. Cependant, l’opéra fut plus tard fréquemment critiqué, essentiellement pour des raisons tenant à son contenu, qui touche à la politique raciale. Gershwin voulait exprimer d’une manière différenciée les émotions et les problèmes de la population noire opprimée. C’est pourquoi il apporta une attention toute particulière à ce que les rôles principaux soient exclusivement chantés par des chanteuses noires. Son objectif était de voir Porgy and Bess, malgré ses influences de jazz et de folklore, respecté en tant que grand opéra entièrement composé, et non comme une comédie musicale de Broadway.

La seule forme de musique valable est celle qui dans son essence reste reliée à la musique populaire.Tout autre genre ne peut demeurer. George Gershwin

Porgy and Bess pourra être vu à la Scala jusqu’au 23 novembre. Et, à partir du 26 novembre, on pourra se réjouir de voir la pièce accueillie dans une autre des très grandes maisons d’opéra du monde, en l’occurrence lorsqu’elle sera sur la scène de l’Opéra de Sidney.

 

 

 

Photo: Lena Obst, Staats­thea­ter Wies­ba­den 2013.