Schott Music

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02/04/2018

Œuvre de la semaine – Fazıl Say : Never give up (« N’abandonne jamais »)

C’est une véritable déclaration politico-musicale qui nous attend dans le courant de cette semaine, avec la création du concerto pour violoncelle de Fazıl Say, Never give up. La jeune violoncelliste Camille Thomas en est l’interprète avec l’Orchestre de Chambre de Paris, sous la direction de Douglas Boyd, le 3 avril au Théâtre des Champs-Élysées à Paris.

Après la trilogie de Gezi–Park, le concerto pour violoncelle signe une nouvelle œuvre par le moyen de laquelle il fait référence aux évènements politiques actuels. Say, qui a vécu de longues années à l’étranger où il obtient avec sa musique un succès jusqu’ici non démenti, se sent profondément enraciné dans sa patrie, la Turquie. Bien qu’il soit en désaccord avec les développements de la société dans son pays, il y est retourné vivre, et mène une vie politique à travers sa musique. Avec ce concerto pour violoncelle, qui, selon ses propres mots, constitue « une clameur d’appel à la liberté et la paix », il exprime sa protestation contre la violence et la terreur.

Fazıl Say : Never give up – Une image sonore du terrorisme.

C’est surtout dans le deuxième mouvement de l’œuvre, l’adagio, que ce thème est concrètement à l’œuvre : de dures répétitions de notes aux percussions alternent avec des cris de glissandi joués par les bois. Dans les indications de jeu de la partition, Say décrit ce passage, qui dépeint de manière sonore des coups de fusil et des cris humains, par les mots « Kalaschnikof » et « like a scream » (« comme un hurlement »), faisant ainsi allusion aux derniers attentats vécus à Paris et à Istanbul. La pièce, selon les propres commentaires de Say, doit refléter tout autant les effrayantes attaques terroristes ayant eu lieu en Turquie ainsi que dans toute l’Europe, que l’effet qu’elles produisent sur la vie quotidienne et artistique. Mais la musique de Say se termine dans l’optimisme : par le truchement du rythme turc, accompagné de paisibles chants d’oiseaux et de bruissements de vagues joués par les cordes, le compositeur dessine à la fin de son œuvre une image sonore de la paix dans sa patrie.

Lors du concert du 3 avril, le compositeur sera au piano pour  l’interprétation du Concerto pour piano n° 3 en ut mineur de Beethoven. Sa 4e Symphonie, dont le titre est Hope (« L’espoir ») sera donnée en création mondiale le 25 août 2018 au Kulturpalast de Dresde par la Philharmonie de cette ville placée sous la direction de Michael Sanderling.