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23/04/2019

Œuvre de la semaine – Thierry Pécou: Nahasdzáán ou le monde scintillant

 

L’état actuel de notre planète, de plus en plus détruite par l’humanité, fait l’objet du nouvel opéra de chambre de Thierry Pécou. Le compositeur, pour ce faire, choisit comme angle de vision la tradition des Indiens Navajos d’Amérique du nord, qui entretiennent une particulière relation à la terre et à la nature. Le 23 avril 2019, Nahasdzáán ou le monde scintillant est créé à l’Opéra de Rouen en Normandie, sous la direction de Pécou lui-même. La régie et la chorégraphie sont confiés aux soins de Luc Petton.

L’immersion dans la culture indigène joue un rôle essentiel dans le travail de composition de Pécou, qui a vécu un long moment au Canada, en Russie, en Espagne et en Amérique latine. C’est ainsi que Pécou, dans sa Symphonie du Jaguar et dans sa Cantate Passeurs d’eau, s’est approché de la musique et des traditions des tribus indiennes d’Amérique du nord. Pour Nahasdzáán, il fait ici appel à des textes de la poétesse Navajo Laura Tohe, qui traitent du mythe de la Création des Navajos, tout en recherchant leur rapport avec le monde contemporain.

Notre mode de lecture des histoires saintes et des cérémonies sacrées des Indiens Navajos avait pour objectif de révéler les blessures dramatiques causées par l’homme à « Nahasdzáán » (= la terre-mère), et en même temps de montrer la force du concept navajo de « Hozho », qui réunit en soi l’harmonie, la santé et la beauté. À la fin du rituel, qui convoque les figures mythologiques des Navajos, les animaux sont inquiets : quels nouveaux mondes les hommes inventeront-ils pour sauver la terre et échapper à la catastrophe ? – Thierry Pécou

L’histoire de la Création selon les Navajos évoque l’existence de quatre mondes successifs. Le premier, le monde noir, était une sorte de monde souterrain dans lequel vivaient différentes sortes de dieux et d’esprits. Le deuxième et le troisième mondes, respectivement vert et jaune, sont habités par des créatures surnaturelles, tandis que le quatrième monde, blanc, est peuplé par les hommes. Ces quatre mondes se reflètent dans les quatre parties de l’opéra Nahasdzáán. En outre, dans chacun de ces mondes, un rôle important est confié aux animaux, auxquels la culture Navajo accorde une très haute valeur. C’est ainsi que le Finale de l’opéra est confié à des rôles d’animaux qui commentent l’état du monde et viennent exprimer leur espoir d’une amélioration. Par ailleurs, la mise en scène fait également intervenir des animaux vivants sur la scène.

Thierry Pécou – Nahasdzáán ou le monde scintillant: un opéra de chambre sur des traditions indiennes

Dans sa structuration musicale, Pécou place le contenu du texte au centre de la composition, en concevant les quatre parties vocales dans l’immédiate proximité du rythme de la langue. De longues notes tenues et des figures sonores expressives caractérisent les parties instrumentales de l’ensemble de chambre dont les musiciens entretiennent un dialogue captivant entre eux et avec les parties vocales.

Après la création de l’œuvre, une seconde représentation de Nahasdzáán ou le monde scintillant a lieu à Caen le 2 mai 2019. En Allemagne également, on découvre de plus en plus la musique de Thierry Pécou, comme par exemple à Sarrebruck le 12 mai 2019, où l’orchestre philharmonique de la radio Sarrebruck–Kaiserslautern présente la première audition en Allemagne de son concerto pour piano L’Oiseau innumérable – avec au piano le compositieur, et au pupitre Jonathan Stockhammer.